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Le Squadron de Chasse



Radiocoms - Utilisation et évolution

Genèse

C'est le besoin de guider les intercepteurs depuis le sol qui commande l'installation de postes radio sur les chasseurs, au milieu des années trente.  Un outil de guidage , bien loin, par exemple, du rôle de "gestion d'escadrille" expérimenté dans la Luftwaffe où la voix remplace les signes de la main pour fluidifier le fonctionnement du dispositif en vol. 

Le point de vue anglais est donc bien particulier: tenir les formations depuis le sol. Et en raison des limitations techniques du système de communications (canal commun, portée et qualité des transmissions), une profonde discipline d'usage est rapidement imposée : dans la mission, seul le chef d'escadrille a usage de la radio et les bavardages sont réprimandés. Même la phase de combat amène des commandements oraux définis à l'avance en manuel théorique.

L'épreuve du feu 

Comment évolue l'utilisation de la radio au cours du conflit?

Ces modifications sont propres aux décisions des Squadron Leader et varient suivant les unités, en ne faisant appel à aucune directive officielle. L'efficacité des mesures entreprises dépendent également de la discipline au feu des équipages (stress et cacophonie).

Combler le recul dans la méthode d'emploi : Nous l'avons vu précédemment, la spécialisation de la radio fait son désavantage; l'exploitation vers son potentiel de "gestion d'escadrille" par le leader, en temps réel,  n'a pas encore été lancé. 

En parallèle aux formations désuètes, l'usage de la radio va être bouleversé par l'instinct de conservation face à la chasse ennemie :

  • Le rôle d'alerte: La menace de l'attaque demande à libérer au maximum les canaux;
  • La coordination dans le combat: Un engagement contre chasseurs requérant un gros volume de communications, la phraséologie inutile disparaîtra au profit de messages courts et efficaces. 

Les améliorations  techniques Les premiers postes VHF (amélioration de la portée d'émission/réception de la qualité de transmission) apparaissent fin 1940. En 1942, tous les chasseurs participant aux sorties offensives sont équipés VHF, les communications se répartissant sur 3 canaux "opération" et 1 canal réservé aux services de secours (guidage retour et récupération en mer). En 1945, jusqu'à 12 canaux différents peuvent être utilisés par le pilote de chasse.

Témoignage sur l'évolution des usages radiophoniques

Reade Tilley, DFC, pilote américain volontaire dans la RCAF devenu as sur Malte, apporte une bonne synthèse de l'usage de la radio au combat. Nous sommes en 1942...: 

"Oubliez toutes les plaisanteries fantaisistes que vous avez pris l'habitude de placer au début et à la fin de vos messages radio. Il n'y a pas de temps pour cela dans votre métier. Ce qui compte, c'est le message. 

Lors d'une poursuite des Allemands par un squadron, son commandant est le seul homme qui utilise la radio pour l'émission. Vous, rien ne justifie que vous parliez, alors taisez-vous et concentrez-vous sur les messages adressés au commandant par le contrôleur au sol. Vous y apprendrez tout ce que vous avez besoin de savoir : le nombre d'ennemis auquel vous attendre, leurs position, altitude et direction. Le commandant signifie qu'il a bien reçu le message du contrôleur au sol par un bref ` OK ' et l'on en attend pas plus, à moins que plusieurs squadrons ou sections ne soient sur des opérations indépendantes, auquel cas des réponses comme " Rouge Leader OK " ou " réponse de Bleu Leader : OK " suffisent. Ce dernier message prend deux secondes et demie ; tant que l'ennemi n'est pas en vue, aucune transmission ne doit excéder cette durée. 

Si pendant un message de 4 ou 5 secondes sur rien de particulier, tout le monde s'aperçoit soudain que l'ailier est visé par un Focke-Wulf, personne ne pourra l'en avertir avant la fin du message en question, et alors cela ne l'intéressera probablement plus. C'est fou le nombre de trous qui peuvent perforer un avion en quatre ou cinq secondes...

Donc gardez les yeux ouverts et la bouche fermée jusqu'à ce que vous ayez aperçu les ennemis et à ce moment-là, c'est à vous de jouer. S'ils sont loin devant, ou sur le côté ou encore à une altitude inférieure et loin de vous, vous avez encore le temps. Ne vous énervez pas, contentez-vous de les surveiller : il ne sert pas à grand-chose de signaler des 109 à la place de Spitfire. Essayez de les compter ou d'en estimer rapidement le nombre. Si vous les reconnaissez, donnez leur identité. Sinon, signalez-les comme des "avions". La procédure est la suivante : prenez une voix délibérément calme, lente et posée pour dire par exemple: " Allô Rouge Leader ; des 109 à 4 heures au-dessus " ou " Rouge 3 à Rouge Leader : avions à 9 heures, même altitude ". Le "leader Rouge" voit l'avion et répond " OK ". Surtout, laissez la radio libre, car les prochains mots seront les consignes de votre commandant. Si celles-ci sont brouillées, tout le plan pourrait en être compromis.

Parfois, on ne voit pas les avions ennemis avant leur attaque. Dans ce cas, il est impératif que le message soit instantané et précis. S'il est incohérent et confus en raison de votre état de panique, l'homme attaqué risque de recevoir un obus à la place d'un message. Voici la procédure à suivre : " des 109 attaquent la section Rouge ", ou si vous voyez un homme dans la ligne de mire d'un appareil ennemi, " Attention Rouge 4 ! ", ou " Rouge 4, dégage !" n'importe lequel de ces messages convient parfaitement. Surtout, faites en sorte de désigner correctement l'homme menacé. Il n'est pas très avantageux de dire à Rouge 4 de dégager (ce qu'il fait) tandis que Rouge 2, sous le feu ennemi, s'émerveille du spectacle. 


      Le meilleur moyen de perdre des amis et d'aider l'ennemi, c'est de lancer au moment critique un message affolé sur la radio. Hurler ne serait-ce que " Attention, il y a un 109 dans ton dos " et tous les Spitfire, dans un rayon de 80 km, se lanceront dans une série de manœuvres délirantes : sans identification de l'appelé, chaque pilote de chaque squadron répondra automatiquement. Il vaut mieux ne rien dire du tout et laisser un pilote se faire abattre, plutôt que de disperser plusieurs formations pour que tel ou tel ait le loisir d'ajuster son tir. Dans les vols de chasseurs, un message de panique représente le plus grand des crimes.

Si votre radio tombe en panne près de la base, rentrez, si vous êtes proche de l'ennemi, demeurez avec l'unité. Un pilote de chasse sans radio est un poids mort pour lui-même et pour son squadron. Ne décollez jamais avec une radio défectueuse."

                  




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