Introduction au contexte du Fighter Command
Contexte du temps de paix
Nous sommes à la fin des années trente, à l'approche d'un deuxième conflit européen. Les trois branches opérationnelles de la RAF ( Fighter, Bomber et Coastal Command) se livrent à une indépendance assez marquée, chacune défendant l'exclusivité de ses missions, tout en tirant un maximum des
ressources budgétaires générales.
Bien que la guerre se présentant peu à peu comme inévitable, un réarmement décent des forces britanniques est très difficile a amorcer (et à faire accepter par l'opinion générale), et l'argent fait défaut (ou plutôt: "l'argent est ailleurs sauf au bon endroit"). Le Fighter Command, le Bomber Command et le Coastal Command sont 3 enfants mal nourris qui se disputent la plus grande part de gâteau (anglais). Et leur parent - la RAF - a tout juste de quoi les alimenter, faisant elle-même face à une lutte budgétaire avec les armées de terre, le Commonwealth, et la Royal Navy (qui coûte de loin la plus
chère des quatre...).
Du point de vue des personnels, les pilotes de chasse n'aiment pas trop les équipages de bombardier, qui n'aiment pas les équipages des patrouilleurs en mer... et inversement! Et la
RAF déteste les marins!
Conséquences remarquables sur les missions du FC
... Et donc sur les programmes de formation du pilote de chasse.
La mise en place d'un système de détection aérienne et d'une ceinture littorale de guetteurs aériens semblerait d'un premier abord être un gouffre de ressources pour le Fighter Command. Certes cette énorme structure de défense coûte très cher, mais elle évite à l'aviation de chasse - qui constitue le bras armé de cette chaîne de défense - d'avoir à utiliser le
système des patrouilles de surveillance classique.
En effet, en osant remplacer cette chaîne d'alerte, il faudrait maintenir en l'air plusieurs dizaines de Squadron, du lever au coucher du soleil, sans même pouvoir égaliser les capacités de détection des
infrastructures terrestres.
Vu sous cette angle, à quel pays veut garantir l'imperméabilité de son espace aérien, les Britanniques ont adopté une très bonne formule, qui fera,
on le verra rapidement, ses preuves au feu.
Pour les Squadron de chasse, cette stratégie opérationnelle amène, dans le cadre de la défense
du territoire, à LA mission majoritaire: l'interception.
En revanche, à côté de cette tâche essentielle se dresse une multitudes de murs:
- La place du Fighter Command comme pierre angulaire de la défense de l'espace aérien l'éloigne tout autant de l'accomplissement de missions offensives, qui se retrouvent
en grande partie sous la responsabilité du Bomber Command.
- Sur le papier, la doctrine de la chasse prévoit bel et bien la réalisation de missions de supériorité aérienne, d'attaques des bases aériennes ennemies, etc., mais ce pan offensif est largement délaissé dans la pratique. Les pilotes ne sont pas plus entraînés aux opérations offensives combinées, telles que les missions de couverture de chasse et d'escorte de bombardiers. Les répercussions
négatives se feront sentir dès 1941...
Choix de déroulement tactique
Dans sa mission principale de défense aérienne, cela peut vraiment surprendre, la chasse britannique met à l'écart la possibilité de combats entre
chasseurs.
De cette conclusion, les méthodes d'interception misent sur la rigidité des formations et la concentration de la puissance de feu de plusieurs intercepteurs, sans mesure face
préventive à une éventuelle escorte.
Plusieurs causes peuvent expliquer ce choix d'application.
D'une part, jusqu'à très tard dans les années trente, le bombardier lourd, se suffisant seul à sa défense par son armement de bord et sa vitesse, reste un concept très réaliste. Dès sa création en 1936, le Bomber Command adopte ce mode opératoire. A la même époque commence les premiers essais de l'interception
guidée...
D'autre part, dans l'optique de l'escorte de bombardiers, tout les chasseurs monoplaces contemporains souffrent d'une autonomie de vol trop limitée. Le risque du chasseur n'a pas toujours été mis de côté; Notons qu'à la fin des années vingt, l'ennemi potentiel n°1 de l'Air Defence of Great Britain ("ancêtre" du Fighter Command) restait... l'Armée de l'Air française! Mais le rapprochement politique des deux pays jusqu'à 1940 mettra un terme à cette crainte. Avant ce changement, aucun autre pays européen ne pouvait espérer envoyer des chasseurs depuis
ses frontières.
Enfin, l'avénement du monoplan et l'accroissement des vitesses font penser à la fin du combat tournoyant entre chasseurs, rendu impossible par les contraintes physiques que devraient supporter les pilotes sous de forts facteurs de charge. Cette idée reste très controversée, les pilotes testant couramment leur adresse comparative lors de séances de voltige toutes aussi improvisées
qu'interdites...